Don Giovanni de Mozart à Dijon

Publié le par Lou

Grand Théâtre de Dijon, du 24 au 29 avril 2008.
Opéra en 2 actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte (1787).


Compte tenu de la floraison de salles à l'acoustique extraordinaire et dotées de sièges design, la disposition du Grand Théâtre de Dijon, à l'italienne, ne laissera pas d'indisposer les spectateurs, surtout lorsque l'oeuvre en question est un opéra de trois heures. On en ressort avec un mal de dos ou un mauvais torticoli. A l'heure actuelle, habitué au confort de ses écrans plats et de ses couettes domestiques, on n'est pas vraiment disposé à succomber au charme des loges décorées de rideaux et meublées de fauteuils de velours bleu (dont j'ai su profiter), depuis lesquelles on jouit d'une parfaite visibilité sur le public mais d'une absolument ridicule sur la scène. Mais pourquoi avoir construit une salle aussi mal fichue ? se demandera-t-on.  Les habitudes d'écoute et de distraction ont bien changé. Tandis qu'aujourd'hui on va au théâtre écouter de la musique en silence en supportant assez mal les bruits de ses voisins, on y venait il y a un siècle et demi avant tout pour se distraire, et il était hors de question de rester cloué sur sa chaise. Les loges étaient de vrais cabinets de réception où l'on battait des cartes et de l'éventail, où les lorgnettes se braquaient sur les têtes voisines et où l'on entretenait des conversations mondaines, pour peu que l'on fût suffisamment fortuné pour se le permettre. De temps en temps, l'on jetait un oeil sur les chanteurs et les musiciens, mais l'on criait beaucoup en frappant des mains. Comme l'on jasait de loge en loge, il aurait donc été peu commode que la disposition de la salle ne permît que de suivre le spectacle.
Inconfortablement installé dans une loge de privilège, nous acceptons donc le torticoli.
L'opéra le plus noir de Mozart dénote assez de la joie de vivre qu'on associe habituellement au compositeur. Don Giovanni démarre en ré mineur, et c'est la tonalité de la mort chez Mozart (tonalité du Requiem bien sûr). L'oeuvre commence par deux accords tragiques et par deux drames : un viol et un meurtre... Charmant décor. Celui-ci est blanc et sobre, constitué d'une centaine de tableaux représentant des portraits de femmes, innombrables maîtresses de Don Juan qui se fait, par la même occasion, amateur d'oeuvres d'art. Au milieu de cet atelier voué à l'art de la conquête, si l'on peut dire, une femme en chemise, Donna Anna, se couche au sol, quasi somnambule. Don Juan surgit en assaillant séducteur et l'acte est consommé sous nos yeux, pendant que Leporello s'occupe à la remise en cause de sa condition de valet. Suit immédiatement l'assassinat du Commandeur
, père d'Anna, venu venger sa fille de l'outrage qui lui a été fait. "Bravo ! Voilà deux beaux exploits : forcer la fille et occire le père !", s'exclame Leporello.
"On ne joue pas un rôle, on joue un mythe", affirme Christophe Lacassagne, Don Juan très convaincant dans son jeu théâtral. La difficulté est d'oublier qu'il est question d'un mythe, continue-t-il. C'est sans doute ce qui explique en partie la sobriété des costumes et des décors ; il s'agit en effet de laisser la possibilité au spectateur d'imaginer en lui-même une représentation plus riche et personnelle, car le mythe supporte mal l'excentricité. Libre au spectateur d'ajouter de la couleur au blanc neutre des costumes et des décors. Cette façon d'envisager la scène arrange bien la volonté d'économie, présente maintenant dans toutes les productions modernes (malgré tout, les gestes sont exubérants lorsqu'il le faut, car Don Juan est tout en appétit et en excès ; en résulte un bel équilibre). Mais si l'économie des décors est éloquente dans le contexte du mythe et de la modernité, l'économie de la beauté, elle, l'est beaucoup moins ; en effet, les voix féminines, peu élégantes et peu justes, contrairement aux voix d'hommes, n'ont que le mérite de leur puissance et de leurs médailles.





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