Lundi 5 mai 2008
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Grand Théâtre de Dijon, du 24 au 29 avril 2008.
Opéra en 2 actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte
(1787).
Compte tenu de la floraison de salles à l'acoustique extraordinaire et dotées de sièges design, la disposition du Grand Théâtre de Dijon, à
l'italienne, ne laissera pas d'indisposer les spectateurs, surtout lorsque l'oeuvre en question est un opéra de trois heures. On en ressort avec un mal de dos ou un mauvais torticoli. A l'heure actuelle,
habitué au confort de ses écrans plats et de ses couettes domestiques, on n'est pas vraiment disposé à succomber au charme des loges décorées de rideaux et meublées de fauteuils de velours bleu
(dont j'ai su profiter), depuis lesquelles on jouit d'une parfaite visibilité sur le public mais d'une absolument ridicule sur la scène. Mais pourquoi avoir construit une salle aussi mal fichue ? se demandera-t-on. Les habitudes d'écoute et de distraction ont bien changé. Tandis
qu'aujourd'hui on va au théâtre écouter de la musique en silence en supportant assez mal les bruits de ses voisins, on y venait il y a un siècle et demi avant tout pour se distraire, et il
était hors de question de rester cloué sur sa chaise. Les loges étaient de vrais cabinets de réception où l'on battait des cartes et de l'éventail, où les lorgnettes se braquaient sur les têtes
voisines et où l'on entretenait des conversations mondaines, pour peu que l'on fût suffisamment fortuné pour se le permettre. De temps en temps, l'on jetait un oeil sur les chanteurs et les
musiciens, mais l'on criait beaucoup en frappant des mains. Comme l'on jasait de loge en loge, il aurait donc été peu commode que la disposition de la salle ne permît que de suivre le
spectacle.
Inconfortablement installé dans une loge de privilège, nous acceptons donc le torticoli.
L'opéra le plus noir de Mozart dénote assez de la joie de vivre qu'on associe habituellement au compositeur. Don Giovanni démarre en ré mineur, et c'est la tonalité de la mort chez
Mozart (tonalité du Requiem bien sûr). L'oeuvre commence par deux accords tragiques et par deux drames : un viol et un meurtre... Charmant décor. Celui-ci est blanc et sobre, constitué
d'une centaine de tableaux représentant des portraits de femmes, innombrables maîtresses de Don Juan qui se fait, par la même occasion, amateur d'oeuvres d'art. Au milieu de cet atelier voué à
l'art de la conquête, si l'on peut dire, une femme en chemise, Donna Anna, se couche au sol, quasi somnambule. Don Juan surgit en assaillant séducteur et l'acte est consommé sous nos yeux,
pendant que Leporello s'occupe à la remise en cause de sa condition de valet. Suit immédiatement l'assassinat du Commandeur, père
d'Anna, venu venger sa fille de l'outrage qui lui a été fait. "Bravo ! Voilà deux beaux exploits : forcer la fille et occire le père !", s'exclame Leporello.
"On ne joue pas un rôle, on joue un mythe", affirme Christophe Lacassagne, Don
Juan très convaincant dans son jeu théâtral. La difficulté est d'oublier qu'il est question d'un mythe, continue-t-il. C'est sans doute ce qui explique en partie la sobriété des costumes et
des décors ; il s'agit en effet de laisser la possibilité au spectateur d'imaginer en lui-même une représentation plus riche et personnelle, car le mythe supporte mal l'excentricité. Libre au
spectateur d'ajouter de la couleur au blanc neutre des costumes et des décors. Cette façon d'envisager la scène arrange bien la volonté d'économie, présente maintenant dans toutes les
productions modernes (malgré tout, les gestes sont exubérants lorsqu'il le faut, car Don Juan est tout en appétit et en excès ; en résulte un bel équilibre). Mais si l'économie des décors est
éloquente dans le contexte du mythe et de la modernité, l'économie de la beauté, elle, l'est beaucoup moins ; en effet, les voix féminines, peu élégantes et peu justes, contrairement aux voix
d'hommes, n'ont que le mérite de leur puissance et de leurs médailles.
Par Lou
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Mardi 25 mars 2008
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21:55
Macbeth de Giuseppe Verdi à l'Auditorium de Dijon, mars 2008.
Opéra en quatre actes de 1847.
Dès les premières notes, on est saisi par la folie, plongé au coeur d'une tragédie qui nous apprend beaucoup sur la maladie du pouvoir. Macbeth
veut être roi et son obsession relève de la pathologie. Pour accéder au pouvoir, il tue et son crime le hante.
Une atmosphère macabre du début à la fin avec la prééminence du noir dans les costumes et dans les décors. Quels décors ? Il n'y a pas de décors. Un fond noir et c'est tout. Une ronde de pics
géométriques émergeant du sol, menaçants, de toute évidence symboliques à plus d'un niveau : images du fer, symboles du crime et brochettes de cadavres alignés représentant l'esprit des morts
invoqués par les sorcières. De quoi frémir. Les costumes sont noirs, façon cuir médiéval, les têtes recouvertes de coiffes noires, les lèvres noires, les joues blanches, les yeux creux. Tout le
monde est cadavérique. Un cauchemar.
Souvent le sang violente la scène en noir et blanc : la couleur n'apparaît que pour souiller les corps et faire éclater la menace. Le rouge est sur les mains, sur les cadavres, sur les armes, il
salit et s'allie avec le noir et gicle sur les visages blafards, sur les peaux claires, sur les linges blancs, dans une effroyable esthétique gothique. Point de blancheur qui ne soit souillée par
le sang ou noircie par la psychose. Les corps sont immobiles, comme des fantômes, les figures sont décomposées. Le désir de
pouvoir mène à l'obsession, l'obsession au crime, le crime au délire et le délire à la mort. Les yeux de Macbeth et de sa Lady
ne brûlent que de la folie meurtrière et autodestructrice qui les habite.
C'est un cercle vicieux, une ronde infernale d'oracles et de prédictions où dansent ensemble les cadavres et les vivants, avec, pointant en eux, le fer ou la démence.
Par Lou
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Vendredi 7 mars 2008
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17:58
Les vilaines têtes de Notre-Dame

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette

Chevet

Chevet

Chevet

Rue de la Chouette

Rue de la Chouette
Les monstres de Notre-Dame

Façade

Façade

Façade

Façade

Dragon
Les animaux de Notre-Dame

Loup

Crapaud

La Chouette
Autour de Notre-Dame

Hôtel de Vogüe

Hôtel de Vogüe

Maison Millière

Maison Millière
Le Palais des Ducs de Bourgogne

Cour de Flore

Place des Ducs

Place des Ducs

Cour de Bar

Cour de Bar
Autour du Palais des Ducs

Rue Jeannin

Rue Jeannin

Rue Chaudronnerie

Maison des Cariatides - Rue Chaudronnerie

Rue Vaillant

Rue Verrerie
Un peu plus loin
Rue Berbisey

Cours du Parc

Rue du Vieux Collège
Admirez un peu sous quels regards vous promenez votre quotidienneté.
Inquiétants, monstrueux, laids, menaçants, sardoniques, grimaçants, tordus, infernaux, fous, ironiques, moqueurs, enragés, ces rictus creusés dans la pierre vous surveillent sans être
vus.
Si, dans vos balades diurnes, vous remarquez des figures plus inquiétantes, faites-le savoir, car on ne les voit pas deux fois.
Par Lou
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Vendredi 29 février 2008
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14:44
Cristina Branco est une chanteuse de fado née en 1972 au Portugal. Le fado, mot issu du latin fatum qui signifie "destin", serait apparu dans les
années 1820 et est un chant mélancolique portugais accompagné de guitares.
Cristina Branco s'attache à dépouiller le fado de son image de chant mélancolique et souffrant, expression lassante des difficultés
de l'existence et du destin de chacun. Tout en puisant son répertoire dans les classiques traditionnels, elle reprend des textes plus modernes en révisant les règles classiques. Son chant
vibrant, sa voix chaude et sa sensibilité touchent au coeur et invitent à une émotion toujours renouvelée.
www.youtube.com/watch
Par Lou
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Dimanche 17 février 2008
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22:31
L'église Saint Philibert est l'unique église romane de Dijon. Située à proximité de la
cathédrale, elle fait partie de ces nombreuses églises dijonnaises qui ont perdu leur vocation cultuelle. Saint Etienne (anciennement cathédrale de Dijon) est aujourd'hui la Chambre de Commerce
et d'Industrie, Saint Jean est la salle du Théâtre National Dijon-Bourgogne, la chapelle des Carmélites est utilisée par des services de la Mairie, le Monastère des Bernardines abrite
aujourd'hui le Musée d'Art Sacré et l'église du Collège des Godrans est depuis trois cents ans la Bibliothèque Municipale. Si chacun de ces monuments jadis religieux a aujourd'hui une fonction
spécifique, l'église Saint Philibert, classée monument historique, est actuellement un édifice désaffecté.
Bâtie au IXème siècle, puis reconstruite au XIIème siècle, elle a servi de dépôt de sel aux XVIIIème et XIXème siècles, puis de
salle d'exposition. Le sel mêlé à l'humidité a provoqué une érosion de la pierre, et plus particulièrement au niveau des piliers. Cette érosion met l'édifice en péril depuis les années
soixante-dix, suite à la mise en place d'un système de chauffage. L'église est fermée depuis 1979 car elle est jugée dangereuse. C'est seulement à partir de 2002 que les journées du patrimoine
permettent de découvrir cette belle église romane, amputée d'un chevet au XIXème siècle au profit de l'aménagement d'une rue.
Actuellement, les voûtes sont maintenues par des échafaudages et les piliers sont entièrement recouverts de plaques destinées à
arrêter les remontées d'eau dans la pierre, ce qui donne une vision assez spectaculaire des dégâts et surtout des moyens mis en oeuvre pour sauver l'église.
Malgré l'optimisme de notre petit journal Dijon Notre Ville, l'église n'est absolument pas présentable. Passer sous
les échafaudages, à côté des fondations incertaines, s'embourber dans les graviers et sentir l'humidité glaciale des pierres malades ne laisse rien présager de positif pour le moment. Visiter
l'église Saint Philibert, c'est un peu comme être du côté penchant de la tour de Pise.
Par Lou
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Mercredi 30 janvier 2008
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18:41
Maria
Callas (1958)
Acte II, scène de torture (début)
Scarpia : Tito Gobbi
www.youtube.com/watch
Voici une Tosca très "classe", très sûre d'elle, élégante au possible. Malgré la beauté fatale, la voix et la personnalité de Callas, elle n'est pas la meurtrière la
plus redoutable. Elle est au contraire la plus humaine. Scarpia, d'une galanterie excessive, est vraiment bien joué : ses regards, ses expressions et ses gestes enrobés d'élégance montrent bien
sa perversité intérieure.
Angela Gheorghiu
(Film de Benoît Jacquot 2001)
Acte II, "Salvatelo !..."
Scarpia : Ruggero Raimondi
www.youtube.com/watch
Le film de Benoît Jacquot n'est pas un chef-d'oeuvre esthétique et encore moins de mise en scène. Un décalage barbare entre la version filmée et la version musicale
enregistrée crée une atmosphère artificielle qui est absolument risible. Outre ce décalage, les gestes, les regards qui s'inscrivent dans le registre de la folie, sont surfaits. En effet, Scarpia
est ici présenté comme un vrai psychopathe acharné (ce qu'il est un peu). Malheureusement, cela lui enlève quelque peu de prestige et force Tosca a être désespérément menaçante et affolée, au
détriment peut-être des larmes.
Par Lou
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Mercredi 30 janvier 2008
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18:40
Renata
Tebaldi (Tokyo 1961)
Acte II, air "Vissi d'arte"
www.youtube.com/watch
Dans l'atmosphère violente et psychologiquement insoutenable de l'acte II, Tosca s'arrête un instant et procède à une introspection. C'est la fameuse prière de
Tosca, plainte émue d'une âme injustement persécutée. Tebaldi, tout en puissance, d'un souffle qui semble venir de loin (une voix de terre ancrée dans un coeur), ouvre son chant d'une manière
pudique, les yeux fermés, les mains jointes ; et pour cause, elle est en situation de subordination face à Dieu. Modestement, elle adresse sa prière et la porte au ciel avec un tragique que
soulève sa voix. Un tonnerre d'applaudissements la soutient.
Catherine
Malfitano
(film de Gianfranco de Bosio 1976)
Acte II, meurtre de Scarpia
Scarpia : Ruggero Raimondi
Le décor est somptueux, la mise en scène réussie et le film respecte la cohérence entre la musique et la scène. Malgré une théâtralité et un tragique un peu poussés
(il faut vraiment se mettre dedans pour ne pas en rire), la mise en scène sort un peu des représentations traditionnelles. Les corps sont toujours très proches et Scarpia ici, avant d'être
pervers et psychopathe, se révèle sensuel. Tosca n'est ni effrayée ni affolée, cette fois-ci elle n'a pas peur de Scarpia, mais elle est surmenée psychologiquement, ce qui la pousse à
tuer.
www.youtube.com/watch
Par Lou
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Lundi 28 janvier 2008
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16:52
Comme l'expliquait Franz Liszt dans une lettre d'un
bachelier ès musique à George Sand, il y a une profonde différence entre l'oeuvre d'un poète ou d'un sculpteur et celle d'un musicien, dans la mesure où l'"exposition" des oeuvres des deux
premiers ne nécessite pas d'intermédiaires. La musique en spectacle est un art qui s'exécute en temps réel et qui fait appel à "des interprètes incapables ou indifférents qui font subir [au
compositeur] l'épreuve d'une traduction, souvent littérale, il est vrai, mais qui ne rend que bien imparfaitement la pensée de l'oeuvre et le génie de l'auteur" (Liszt). L'opéra est un genre
qui touche à plusieurs domaines artistiques, lui permettant de construire une image de prestige : la musique, la littérature et le théâtre. Ainsi, l'opéra peut paraître compliqué, lourd,
ennuyeux, en clair peu accessible. Cependant, la conjugaison de plusieurs domaines artistiques n'est-elle pas une porte ouverte vers une compréhension plus simple ? En effet, un opéra, par la
convergence des arts, où le livret est explicité par la musique et où la scène permet une mise en situation de l'intrigue, est quand même plus facile à comprendre qu'un poème de Mallarmé ou qu'un
tableau de Kandinsky.
L'opéra est un art autour duquel une mobilisation générale d'artistes de tous bords crée une atmosphère magique. Le chef d'orchestre, les musiciens, les chanteurs, le choeur, le metteur en scène,
le maquilleur, le costumier, le chef des décors... Imaginez une centaine de personnes s'ingéniant à reproduire, à exécuter et à mettre en scène un opéra. Toutes ont des sensibilités et des idées
diverses, concentrées sous la direction d'une ou deux personnes. C'est pourquoi l'opéra représenté n'est jamais vraiment tel que l'a voulu son auteur ; il est à chaque fois une recréation.
Ainsi, la grande difficulté pour un metteur en scène qui se place dans la perspective d'une recréation est d'arriver à une cohérence parfaite entre la scène, le texte et la musique. Bien souvent,
un détail textuel force le spectateur à accepter momentanément l'incongruité d'un élément scénique incohérent, d'autant plus que le public peut désormais bénéficier des textes "surtitrés"
(parsemés de fautes de grammaire non moins incongrues), donc du plaisir de suivre l'intrigue dans le détail.
La scène théâtrale est le lieu d'expression d'un imaginaire créatif. C'est pourquoi, et à juste titre, La Tosca de Puccini à Dijon par Michel Fau a été l'objet d'une mise en scène
construite autour de symboles. Comment réussir à concilier alors la volonté de représentation symbolique avec l'exigence d'une cohérence de texte, de musique et de scène ?
Pourquoi des symboles ? Parce que Tosca est une tragédie développant des thèmes classiques tels que Dieu, l'amour, la mort, la perversité, la jalousie et le crime. C'est ce que racontent
les écrivains depuis la nuit des temps, de Sophocle à Racine, les grandes tragédies étant l'illustration des passions de l'humain et des dangers qu'elles représentent. Tosca de Puccini
raconte l'histoire d'une femme jalouse aux prises avec la sensualité sadique d'un chef de police. L'oeuvre s'inspire d'une pièce de Victorien Sardou.
L'action se passe en 1800 à Rome (à noter que la première de Tosca a été créée en 1900 à Rome). Angelotti, un prisonnier républicain, s'est enfui de prison et trouve de l'aide auprès du
peintre Cavaradossi. Le Baron Scarpia, chef de la police, fait arrêter Cavaradossi et le soumet à la torture. Tosca, l'amante du peintre, devient l'objet de convoitise de Scarpia. Celui-ci lui
propose un marché terrible : lui céder si elle veut sauver Cavaradossi qui est condamné. Si elle lui cède, une fausse exécution aura lieu. Elle accepte. Tosca tue Scarpia, mais Cavaradossi est
bel et bien exécuté. Tosca se jette alors du haut du château Saint-Ange.
Scarpia, personnage négatif, sorte de faux dévot qui utilise le mal à des fins perverses, est taché d'un costume rouge sang dans l'acte II et affiche ainsi un certain lien de parenté avec Satan.
La cantatrice Tosca, plus complexe, est à la fois une femme libre et artiste et un objet de convoitise. C'est dans cet ordre d'idée que j'interprèterais le costume vert pomme à strass dont
l'affuble notre metteur en scène dans l'acte II. La brillance insolente de cette rangée de lamelles découpées dans sa robe (pas très heureuse d'ailleurs) renforce l'idée de l'attrait de Tosca. Et
dans un long duo tourmenté, où la haine alimente le désir chez l'un parce qu'elle suscite un besoin de vengeance chez l'autre, le rouge et le vert luttent. Ajoutons à cela une scène de torture en
arrière-plan et nous obtenons une scène tragique d'une grande intensité dramatique. Les personnages vus pas le metteur en scène constituent des archétypes de héros classiques. La tentative de
caractérisation symbolique des personnages pose une lumière sur
les noeuds de l'intrigue, sans tendre
vers la caricature.
Le décor assez moderne est unique pour trois lieux différents, mais s'adapte aux trois actes. Il s'agit d'un grand tableau sur lequel Mario Cavaradossi travaille à l'église Sant' Andrea (acte I).
Ce tableau sert à la fois de support artistique au peintre, de décor au Palais Farnese (acte II) et de passage dans l'autre monde à l'acte III. En effet, à l'acte III, Tosca est censée se jeter
du haut du château Saint-Ange. Mais ici, elle transperce au moyen d'un couteau le tableau (qui représente une descente de croix) et disparaît derrière la toile. La réapparition du couteau, qui a
servi à tuer Scarpia, est un rappel évident au meurtre de l'acte II. Le Christ occupe le milieu du tableau et c'est précisément à cet endroit que Tosca déchire la toile, tout en proférant ses
dernières paroles : "O Scarpia, avanti a Dio !" ("O Scarpia, devant Dieu !").
L'utilisation de symboles facilite une compréhension plus immédiate du fond de l'histoire et permet donc une cohérence entre les éléments de l'histoire et la représentation.
Par Lou
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