Mardi 25 septembre 2007
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"Quant à nous autres français, il faut bien avouer que nous savons voyager moins qu'aucun peuple de l'Europe. L'impatience
nous dévore, l'admiration nous transporte : nos facultés sont vives et saisissantes ; mais le dégoût nous abat au moindre échec. Quoique notre home soit généralement peu confortable, il
exerce sur nous une puissance qui nous poursuit jusqu'aux extrémités de la terre, nous rend revêches et malhabiles à supporter les privations et les fatigues, et nous inspire les plus puérils et
les plus inutiles regrets. Imprévoyants comme les Italiens, nous n'avons pas leur force physique pour supporter les inconvénients de notre maladresse. Nous sommes en voyage ce que nous sommes à
la guerre, ardents au début, démoralisés à la débandade. Quiconque voit le départ d'une caravane française dans les chemins escarpés de la Suisse peut bien rire de cette joie impétueuse, de ces
courses folles sur les ravins, de cette hâte facétieuse, de toute cette peine perdue, de toute cette force prodigieuse à l'avance sur les marges de la route, et de cette vaine attention donnée
avec enthousiasme aux premiers objets venus. Celui-là peut bien être certain qu'au bout d'une heure la caravane aura épuisé tous les moyens possibles de se lasser au physique et au moral, et que
le soir elle arrivera dispersée, triste, harrassée, se traînant avec peine jusqu'au gîte,
et n'ayant donné aux véritables sujets d'admiration qu'un coup d'oeil discret et fatigué.
Or, tout ceci n'est peut-être pas aussi inutile à noter qu'il te semble. Un voyage, on l'a dit souvent, est un abrégé de la vie de l'homme. La manière de voyager est donc le criterium auquel on
peut connaître les nations et les individus ; l'art de voyager, c'est presque la science de la vie."
George Sand, Xè lettre d'un voyageur
Par Lou
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Dimanche 23 septembre 2007
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Je ne suis pas une experte et je n'ai pas fait l'école du paysage, mais j'ai quelques petites impressions à vous faire partager sur les
jardins de Barbirey-sur-Ouche, qui ont reçu le label "Jardins Remarquables".
Sur la route des Ducs de Bourgogne, se trouve le château de Barbirey, non loin de l'abbaye de La Bussière. Ce château du XVIIème siècle possédait un parc de huit hectares qui
n'a été exploité qu'à partir du XIXème siècle, a été abandonné puis réaménagé en 1989 pour en faire les actuels jardins de Barbirey.
Les jardins, qui forment un immense parc, sont aménagés dans le souci de l'équilibre naturel : la faune, la flore, le végétal, le minéral et le liquide y ont chacun leur place
et se côtoient avec un charme attrayant. L'on y rencontre la nature sous ses expressions les plus élégantes, qu'elle soit mise en forme par les bons soins de l'homme ou bien livrée à elle-même,
dans ses exubérances sauvages.
potager
Moi qui n'y connais rien en botanique, je ne vous citerai pas toutes les espèces de plantes rares qui sont cultivées à Barbirey, ni le nom de tous les arbres magnifiques...
Cependant, il y en a un que j'ai trouvé remarquable et que je vous montre là. Il s'agit d'un sequoia géant. Avouez que c'est beau ! Pour un moment ultra romantique, cachez-vous sous ses grandes
branches, c'est magnifique !
Sequoia géant
Les jardins se visitent tranquillement, paisiblement, sereinement. On peut apporter son livre, son carnet de croquis (et Dieu sait qu'il y en a de jolis à réaliser !), s'y
promener et s'y reposer à loisir. Les bancs sont disposés de telle sorte que les visiteurs puissent embrasser un point de vue particulièrement intéressant sur le plan de l'esthétique du
paysage.
Dans le souci d'insérer l'esprit de la nature dans la création de l'art contemporain, des artistes sont régulièrement invités à Barbirey pour exposer leurs productions dans le
parc. Ils jouent ainsi avec l'espace naturel en y intégrant leurs oeuvres. Ces artistes tiennent compte de l'idée d'équilibre, encore une fois, en influant sur l'espace, sans pour autant
perturber la nature.
Se promener dans ce parc à la rencontre des cygnes, des pigeons sauvages, des plantes, des arbres du verger, sous l'égide d'arbres majestueux et centenaires, c'est un vrai
régal !
Par Lou
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Mardi 18 septembre 2007
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La gare Montparnasse, c'est la gare de l'océan, de la grande côte atlantique. Je m'y suis
retrouvée un matin, en transition entre terre et mer. Ayant suffisamment de temps pour y prendre un petit-déjeuner, je me suis assise à une terrasse, en face du tableau d'affichage.
Me voici dans l'atmosphère très parisienne des cafés. Il n'est pas tout à fait dix heures. Je m'installe dans un décor vivant, dans ce lieu de passage où l'on ressent très bien
la fugacité de chaque instant. Je sais pourquoi j'aime tant m'arrêter au café, c'est parce qu'on peut tout y faire : prendre son petit-déjeuner, faire une pause café, boire l'apéritif, déjeuner,
emporter un sandwitch, prendre son petit thé de cinq heures, seul ou accompagné, avec un livre, un carnet de notes, son téléphone portable, Gala, Le Monde diplomatique, le guide
du Routard de Charentes Maritimes... Et ces objets quotidiens permettent d'imaginer des vies.
En tant que voyageur, on devient momentanément acteur de ce théâtre des cafés de gare car on prend part quelques instants à l'ambiance, en partageant un peu de commun à
l'intérieur de notre vie personnelle. Le bruit des tasses, des soucoupes, de l'eau bouillante, l'odeur des boissons chaudes, le croustillement des croissants, le frottement des petites cuillères,
dans toute cette agitation, constituent un cadre de repos et de vie où il est toujours plaisant de passer un moment. C'est l'instant où l'on arrête le cours de son existence parfois chargée,
fatigante, stressante pour s'offrir un moment de paix, qui se cristallise dans une tasse de café.
L'enseigne du café où je suis porte un nom antique. Bizarrement, ça fait moderne. Eh oui, aujourd'hui, c'est branché de causer grec et de revenir aux anciens ! (Bon, vous avez
vu ce que cela avait donné pour l'expédition Colmar...)
Le café est aussi un endroit où l'on observe et où l'on est observé. C'est un lieu de civilisation par excellence. Tout semble possible, des rencontres peuvent survenir.
Lorsqu'on entre dans un café, on est dans une certaine disposition d'esprit ; on est ouvert. Cependant, ne sommes-nous pas tous des inconnus les uns pour les autres, dans un univers en commun où
tout le monde est un peu identique ?
Me voici dans le TGV pour La Rochelle. J'adore les atmosphères de départ dans les gares où chacun s'achemine vers son but, vers une idée fixe, vers un désir, vers une destinée
proche, à l'échelle d'un mouvement humain !
Par Lou
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Dimanche 16 septembre 2007
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Aujourd'hui, j'ai une histoire drôle à vous raconter. 20
décembre 2003 - petit périple de deux jours en Alsace. Vous serez autorisé à vous moquer ou à exploser de rire ; je vous préviens, vous aurez à boire et à
manger.
Par une belle matinée d'hiver sur la
plaine dijonnaise, je suis partie à huit heures du matin pour Colmar, charmante ville alsacienne où les marchés de Noël battent leur plein et nous plongent chaque année dans la magie d'une
féérie sans nom.
Vous qui connaissez Dijon, vous savez
que pour aller en Alsace, il existe une autoroute depuis que les infrastructures ont fait leurs preuves et que nous avons abandonné les charettes à boeufs. A noter qu'au XIXème siècle, le
progrès des voitures, communément appelées "diligences" dans la langue éduquée, supplanta rapidement les bucoliques charettes en produisant un record de 30 kilomètres par heure les jours de
beau temps. Sachant qu'aujourd'hui, il faut 2h37 pour aller de Dijon à Colmar, c'est-à-dire parcourir une distance de 260 kilomètres, combien de temps faut-il en diligence pour effectuer le
même trajet ? Bon, vous connaissez mes exploits en mathématiques, mais en gros, il vous faut la journée, surtout si vous comptez le temps à donner à manger aux chevaux et à boire au cocher,
auquel vous n'oublierez pas de passer son litron.
J'ai donc pris l'autoroute de l'est
pour me rendre dans les terres alsaciennes, fraîche comme une rose d'automne échappée une dernière fois de son jardin avant les premières gelées. Mon compagnon et moi nous partagions les tâches
du voyage : lui tenait le volant, moi la carte routière sur les genoux. Le conducteur de la petite voiture (qui n'était pas un modèle de rêve descendant des somptueuses diligences bourgeoises,
mais plutôt celui descendant des charettes à boeufs, pardon pour le propriétaire de ce petit bijou !), aussi ravi que moi de faire une petite virée avant Noël et de passer la nuit dans un hôtel
de terroir, ne se projetait ni dans le futur proche de notre voyage, ni dans le passé d'anciennes escapades, ni même dans le présent du trajet à bord de la voiture. Et pour cause, nous avons
abordé un sujet de conversation intemporel, passionnant, excitant, comme deux amoureux qui se respectent et savent renouveler l'exaltation de leurs intérêts communs. L'heureuse élue de notre
brillante conversation était la mythologie grecque. Avec elle, l'époque se figeait, le temps s'arrêtait, les heures suspendaient leur cours dans un joyeux retour aux origines de notre
civilisation. Et pendant ce temps-là, la voiture roulait, roulait...
A l'occasion d'une petite coupure sur
le trajet, nous avons rencontré les témoins de Jéhova. Ceux-ci nous ont gentiment laissé un Réveillez-Vous qui, vous le comprendrez bientôt, nous parvenait fort à propos. Interrompus
dans notre conversation mythologique par ces honnêtes gens, nous avons décidé d'ouvrir leur magazine et de nous en offrir une petite lecture, par simple curiosité. Nous continuions dans le
registre des dieux. Et pendant ce temps-là, la voiture roulait, roulait...
Sur l'autoroute de la Bresse, nous
pouvons apercevoir une oeuvre d'art représentant un énorme poulet. Vous la connaissez, vous l'avez certainement déjà vue, elle se remarque, moi aussi je m'en souviens bien, surtout depuis que
j'ai voulu aller à Colmar.
Ce poulet au port altier, trônant
magnifiquement au bord de la route, ne peut pas laisser indifférent. Pourtant, en ce jour incroyable où je partais m'enfoncer dans les terres alsaciennes, il ne m'a inspiré qu'un mot léger,
inutile, irréfléchi :
"Tiens, je ne savais pas que c'était là les poulets de
Bresse !"
A noter que mon compagnon, qui tenait
le volant depuis Dijon, n'a ni relevé, ni bronché, ni toussé, ni freiné, ni viré de bord et, sûrs de nous, poussés pas les dieux grecs et fortifiés par la lecture de Réveillez-Vous,
nous avons salué ensemble les poulets de Bresse à 130 kilomètres heure sur la route déchaînée où les panneaux du sud se succédaient !
Et soudain, la réalité nous a
brutalement ramenés sur terre. Une pancarte indiquait, aussi grosse que les précédentes qui affichaient Mâcon en toutes lettres :
TURIN !!!
Alors que nous roulions droit vers l'Italie, nous n'avions
pas songé que Bourg-en-Bresse nous rapprochait des Alpes et nous nous imaginions bientôt rencontrer un panneau indiquant Strasbourg. En effet, il ne nous semblait pas avoir entendu à la météo
qu'on annonçait une migration des poulets de Bresse vers l'Alsace, susceptible de perturber la signalisation routière.
Alors, nous nous sommes arrêtés et
avons consulté la carte routière que je tenais sur les genoux. Que faire ? Comment rattraper la dérive ? Faisons demi-tour ! Non, nous sommes déjà trop bas, il vaut mieux passer par la Suisse
!
Imaginez-vous... Nous sommes partis de
Dijon à huit heures du matin, et deux heures plus tard, nous étions suffisamment loin de notre itinéraire pour préférer passer par la Suisse plutôt que de faire demi-tour ! Nous avons donc
visité les belles routes des montagnes suisses, longé le lac Léman par la nationale, passé Genève et Lausanne pour remonter tout doucement vers... Pontarlier ! Nous avons foutu
Réveillez-Vous pas la fenêtre, dit "fuck" aux dieux grecs et nous avons tiré la gueule aux Suisses. A 14 heures, après six heures de route, nous arrivions à Pontarlier (cf Mappy :
Dijon-Pontarlier 1h50).
Ah ! Colmar ! la choucroute, les
saucisses, les bretzels et le pain d'épice ! Eh bien non, nous avons trouvé une brasserie. Un petit vin chaud quand même pour nous réchauffer.
Sachant qu'il faut autant de temps de
Dijon que de Pontarlier pour aller à Colmar, je vous laisse deviner à quelle heure à peu près nous avons trouvé notre garçonnière... Eh bien à sept heures du soir, nous débarquions, exténués,
dégoûtés, énervés, en terre alsacienne.
Une soupe et au
lit.
En ouvrant le tiroir de la table de
nuit, les dieux, que nous tenions pour responsables de notre dérive, nous narguaient encore : il y avait une Bible, au cas où nous n'arrivions pas à trouver le sommeil. Il y avait vraiment un
truc avec Dieu, pendant ce voyage...
Ah ! tenez, une dernière question
: finalement, la charette à boeufs, où en est-elle ? Croyez-vous qu'elle serait arrivée avant nous ? 30 kilomètres heure par beau temps... Non, vraiment, ce jour-là, il faisait mauvais, les
dieux nous en voulaient, il y avait trop d'électricité dans l'air et je dois dire qu'un bon poulet de Bresse, c'est quand même bien meilleur que le pain d'épices
!
Par Lou
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Mercredi 12 septembre 2007
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Voici la fameuse galette de Pérouges. A première vue, cela ressemble à une quiche au fromage, mais en s'approchant un
peu, on s'aperçoit qu'il est difficile d'en trouver une sur laquelle d'avides guêpes ne s'aglutinent pas. Eh oui, la galette de Pérouges, c'est du sucre et du cholestérol ! Dix minutes au four et
ça cale son homme ! Mais c'est délicieux. Le secret est dans la dose de sucre et surtout dans la dose de beurre (impressionnante ! mais si vous vous y attelez, n'en mettez pas moins, car elle
sera vraiment moins bonne, paraît-il). Un euro la part, et ils les fabriquent directement sur la rue dans d'adorables petites cabines anciennes (photo).
Vous remarquerez que j'ai fait un véritable effort
pour commencer mon petit commentaire sur ce très beau village avec... l'intérêt gastronomique. Mais il ne faut rien négliger et, puisque j'y suis, je n'omettrai pas d'indiquer une salle de
restaurant dans laquelle j'ai eu l'occasion de prendre un café sur la place principale, d'un style rustique médiéval extrêmement convivial. Cela signifie parquet, poutres anciennes, vitraux, etc.
La belle campagne, chère et authentique.
Pérouges est un petit village (deux heures depuis Dijon et un quart d'heure pour en faire le tour) construit en rond autour d'une grande place principale (photo) et pavé de
galets.
Attention, le sol n'est vraiment pas praticable et on peut remballer ses talons aiguilles. Même les tongs se sont pas très recommandées, à moins de vouloir s'offrir un massage tonifiant de la
voûte plantaire...
Trêve de plaisanteries. Ce qui est très remarquable
à Pérouges, c'est l'homogénéité des maisons médiévales qui sont parfaitement conservées. On y sent un investissement total pour la sauvegarde du patrimoine. Dans ces maisons s'installent des
petites boutiques pleines de charme et bien décorées, mais qui amassent pas mal d'objets à touristes sur le thème médiéval. Ainsi, on peut s'affubler d'un costume du Moyen-Age fabriqué en Inde
tout en se prenant au jeu de l'authentique.
Pérouges est classé parmi les plus beaux villages de France.
Par Lou
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Mardi 11 septembre 2007
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Lorsque je pars, j'emporte avec moi un petit carnet et j'écris.
Voici le journal que j'ai tenu durant un périple d'une semaine à Florence. Bonne lecture !
Mardi 8 août 2006
Premières impressions de Florence : à la hauteur de ce que j'attendais. En premier la visite de Sante Croce ; nous
habitons jusqu'à côté, à deux pas. Puis la place de la Seigneurerie, je me souvenais bien de cette place et des bâtiments de la Galerie des Offices. C'était dans l'après-midi. J'avais un besoin
impérieux de m'acheminer vers le plus beau, vers mon proche syndrome de Stendhal que j'allais attraper devant Santa Fiore [photo]. En effet, (les mots sont bien didactiques pour décrire de
semblables impressions) la cathédrale, cachée jusqu'au dernier moment par les bâtiments de la rue, m'est apparue tout d'un coup, à la pleine lumière, imposante et généreuse, presqu'au-delà de ce
que mes yeux pouvaient percevoir. Je ne peux employer qu'un mot, âme, pour dire où j'ai été touchée. Je sentais quelques larmes monter derrière mes lunettes de soleil et j'ai pu en profiter
intimement pendant quelques secondes, puisque je me suis mise à l'écart du groupe. Il était important pour moi de profiter de mon émotion personnelle sans être influencée (même en bien) par les
autres. Je voulais voir en pureté en écoutant les résonnances venant du fond de ma sensibilité.
C'est qu'en
arrivant à la gare hier matin, j'avais le sourire aux lèvres parce que je me retrouvais dans un lieu spirituellement familier et que le besoin de m'y ressourcer allait s'y apaiser. Avant de
retrouver enfin le Dôme, c'était bien une soif de l'âme, une soif de beau qui devenait tenace. L'Italie, c'est un souffle, une eau claire pour l'esprit. Je me sens
avide.
Ce matin, nous sommes montés dans la coupole du Dôme. La vue tout en haut est très belle [photo].
Les fresques de la coupole, par Vasari, m'ont beaucoup plu. Certaines scènes, très "trash" comme je pensais, font vraiment frémir. Dans la coupole, on arrive un peu mieux à mesurer le prodige
qu'est la cathédrale. Il existe donc quelque chose de bien grand et de bien surnaturel qui exalte la perfection dont sont capables les hommes. Nos yeux sont habitués à voir les chefs-d'oeuvre
sans avoir la vision fine et pénétrante qui permet à l'esprit d'embrasser d'une manière objective l'inouï. L'inouï est si inconcevable dans son entier, pour ce qui est d'un tel monument, que sa
présence majestueuse semble aller de soi ; il a l'air tout simplement d'avoir été créé et déposé sur la terre PAR Dieu lui-même et POUR Dieu. N'y a-t-il donc pas une communion entre ces deux
parties du monde ? Quand je vois des monuments comme le Dôme, j'abandonne ma raison, je doute de mes convictions et il me semble que quelque chose me parle.
Je tenais à écrire un peu pendant mon voyage à Florence car j'attendais ce moment comme une possibilité d'acquérir un supplément
d'âme.
Eglise San Lorenzo : Crucifixion de Francesco Conti (1681-1760), Vierge à position souffrante inhabituelle.
Caractéristique de la peinture du XVIIIème siècle. Effondrée et visage douloureux.
Académie Arts : Annonciation de
Lorenzo Monaco. Vierge en noir, ange Gabriel rose et belles ailes multicolores. Ensemble magnifique au niveau des couleurs.
Mercredi 9 août
Musée Bargello : la terre peinte donne immédiatement une réalité
saisissante aux visages. Le buste Niccolà da Uzzano par Donatello (1386-1466) est plus vrai que nature [photo]. Regard rêveur, teint coloré, douceur mystique, yeux spirituels, une légère
tristesse accentuée par les sourcils, un grain de beauté humain, trop humain. Le marbre s'utilise mieux pour les figures allégoriques. Là, on dirait presque un masque, c'est plus parlant qu'une
photographie.
Le musée du Bargello est en lui-même un lieu magnifique.
Rez-de-chaussée : statue de Benvenuto Cellini (je crois), terrassant un vieil homme ; c'est une allégorie.
Galerie des Offices.
Le meilleur, Botticelli les tableaux ronds, les Vierges à l'enfant. Philippino Lippi aussi bien sûr. Quelques grands primitifs de Giotto et d'autres. La salle de la Tribune,
ronde, comporte de beaux tableaux mal éclairés, notamment le Massacre des Innocents.
Nous avons passé quatre heures à la Galerie des Offices aujourd'hui. Magnifiques galeries peintes.Ce qui m'a frappée le
plus et m'a laissé une grande impression d'immensité, c'est la salle toute dorée avec une coupole.
La Ponte Vecchio [photo] : pittoresque, unique, grande ambiance avant un coucher de soleil qui s'annonçait magnifique. J'ai apprivoisé Florence. Je m'y sens
bien. Température idéale.
Dans la Galerie des Offices, j'ai oublié tous mes repères spatio-temporels. Ces
moments-là sont rares, mais ils prouvent un investissement absolu de l'esprit qui n'a plus conscience de la vie réelle et matérielle. C'est dans cette disposition qu'il faut voir les oeuvres. En
sortant d'une salle et en me retrouvant dans la galerie, j'ai eu un instant d'absence complète, où je ne pouvais plus du tout me rappeler le moment de la journée, matin ou après-midi. Ces
vertiges sont un détachement, lorsque l'esprit est totalement occupé.
Florence est la ville dont David est l'idole et Michel-Ange l'emblème artistique. Rayonnement incroyable de la ville : même les
Flamands sont présents, mais leur peinture est plus austère, les décors de leurs oeuvres plus froids, les couleurs plus sombres.
Sienne, le 10 août
Je suis sur la place du Campo [photo], il fait très chaud mais on est bien. Les rues de Sienne sont très folkloriques. J'aimerais rester
deux mois consécutifs en Italie, puiser à cette source la différence qui fait vivre. En Italie je me sens apaisée car je bois ce qui m'est si familier et qui est habituellement si loin de moi. Je
suis heureuse de renouer avec cette habitude de l'écriture, avec le réflexe de l'esprit qui a besoin en quelque sorte de donner de la consistance aux impressions qui le stimulent. Dans quel état
faut-il être pour provoquer le besoin de s'épancher ? Je dirais qu'il y a d'abord un détachement par rapport à la réalité nécessaire.
Au Duomo [photo] : il y a malheureusement trop de bruit pour savourer cette merveille.
Il faudrait mille yeux dans une même conscience et dix fois moins de paroles pour concevoir la grandeur et la beauté de ce monument. C'est sans conteste ce que j'ai vu de plus beau. Les petites
chapelles sont très riches. Le Dôme de Sienne dépasse bien sûr celui de Florence. Goût du raffinement et de la prolifération sans jamais de surcharge. Toujours l'équilibre, la mesure dans le
registre de l'abondance. Les Italiens agencent leurs richesses avec art, quand d'autres les entassent lourdement. Chaque chose est à sa place et le mélange des genres forme une unité stylisée. Il
faudrait pouvoir monter dans les hauteurs pour voir le merveilleux pavement qui est en ce moment recouvert de moitié. Trop de bruit, mais c'est un vrai musée religieux dont il faut soi-même
reconnaître les composants. Sur quoi reposer mes yeux pour adoucir cette vision du beau dont on ne peut se défaire qu'à la sortie ? L'oeil s'habitue à la beauté et je voudrais qu'à chaque pas mon
oeil soit neuf. Comment créer une vision d'ensemble avec un champ de vision si limité ? Je voudrais tout embrasser pour que mon oeil vive pleinement la beauté.
Vendredi 11 août 2006
Les journées passent dans un claquement de doigt. Ce matin, nous avons vu la chapelle Brancacci à l'église Santa Maria
del Carmine avec les fresques magnifiques de Masaccio [photo].
Dans l'après-midi, nous avons fait la chapelle des Médicis avec les merveilleux tombeaux, puis le palais Médicis. Malheureusement, il y avait beaucoup de travaux.
Samedi 12 août
Aujourd'hui il a plu toute la journée et il a fait plus frais. Ca en devenait presque désagréable. Nous avons fait les boutiques
sous la pluie. Après tout, la mode, les belles choses font partie de l'Italie aussi. C'est incontournable quand on craque facilement pour les grandes marques à prix
raisonnables.
Toute cette semaine, j'ai eu envie de m'imprégner le plus possible de la beauté de l'art de Florence.
C'est pourquoi demain j'aimerais beaucoup visiter le palais Pitti et le musée San Marco. Je sais que je ne me lasserai jamais de voir ces splendeurs, que je les reverrai toujours avec sentiment.
Cette ville m'est familière, j'aimerais y vivre, je m'y sentirais bien. Je pourrais vivre à Florence un été entier à l'université d'été pour apprendre l'italien !
Lundi 14 août
Eglise de l'Annunziata. [2 photos]
Pour mes dernières heures à Florence, j'ai choisi cet endroit. Il y a une messe, mais cela rend l'instant complètement authentique. Il faut, dans ces cas-là, saisir
l'impression que je me fonds dans l'atmosphère plutôt que d'imaginer que je la perturbe. Si je suis retournée dans cette église, c'est justement parce que le tourisme n'y domine pas. Le culte, à
la manière italienne, semble rester l'essence de l'église actuelle. J'ai vu passer à côté de moi quelques nonnes et des italiennes avec des mantilles sur la tête, déplaçant une statue de la
Vierge. C'était assez inattendu. Et là, voici qu'entre une dizaine de petites religieuses, pendant ces interminables prières à la Vierge Marie. Je savoure ce moment comme quelque chose d'unique
!
Gare Campo di Mare.
A l'heure du
retour, une impression douce-amère nous envahit : douceur du voyage, amertume du retour ! Avec le retour, c'est l'habitude des choses et des pensées qui revient. Je me sens très riche de tout ce
que j'ai vu et surtout incroyablement ressourcée, apaisée, comme si le voyage était quelque chose de naturellement vital. On se disait qu'on était toujours heureux de voir les beautés que la
nature avaient produites, mais que celles qu'avait créées l'homme étaient bien plus extraordinaires.
Par Lou
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Mardi 11 septembre 2007
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Bonjour, me voici pour la première fois sur un blog. Mais voilà dix ans, dix ans que je tiens un journal écrit. Une vingtaine de cahiers, près
de quatre mille pages. Eh oui je me demande quel est l'intérêt d'un blog alors que je suis supposée TOUT écrire par écrit... Eh bien non, on n'écrit pas tout sur un journal. "Il faut s'être
exercé à écrire pour deviner quelles rognures, quels déchets suppose une seule page écrite, que de matière est ainsi réduite, que de bonnes choses même disparaissent pour donner à celles qui
demeurent de la résonnance" (Jean Guitton). Ce qu'on écrit, c'est donc un choix. Bon j'ai essayé la fiction, la poésie, mais le journal laisse plus de liberté.
Revenons au blog. Ce qui me plaît dans le blog, c'est le partage. Non non l'écriture n'est pas uniquement une activité narcissique, non non on ne fait pas automatiquement sa
propre psychothérapie dès l'instant qu'on se met à écrire une ligne ; l'écriture, c'est fait pour discuter plus profondément, plus amplement, plus généreusement avec soi-même et aussi avec les
autres. J'ai donc envie de partager quelques idées ou impressions de voyages avec des personnes que j'aime, parce que les voyages, c'est aussi quelque chose qu'on partage. Je me propose et je
vous propose quelques réflexions de mon cru, quelques petits souvenirs sérieux ou légers de petites virées ou de grandes escapades.
Je ne promets pas d'y être absolument fidèle car j'ai toujours été méfiante devant l'informatique... Mais je raconterai quelques petites choses, je parlerai des villes, des
pays que je connais et bien sûr des sites remarquables ou des bleds de ma chère terre bourguigonne.
Je serai heureuse d'y trouver vos commentaires et vos impressions !
Bonne lecture !
Par Lou
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